Un extrait de "Les étoiles en héritage"

Découvrez le chapitre 1

Une cloche retentit. Erel observait la cité de Razam, la dernière forteresse, depuis la tour nord du château. Elle se dressait au centre de la vallée, près de l’eau scintillante du lac de la Sérénité. Au-delà des champs, elle était entourée de belles forêts. A ses yeux, c’était l’endroit le plus extraordinaire du continent, le dernier refuge contre l’obscurité grandissante. L’automne était arrivé, et les cristaux magiques des îles flottantes étincelaient au soleil. Des ballons transportaient habituellement les visiteurs et les mages vers les îles, mais aujourd’hui, leurs fragiles soies avaient été forcées de quitter la ville pour se cacher au-dessus des nuages.

Erel était fier de mener la défense d’un endroit aussi beau en ces temps si difficiles. Son clan avait battu un record de jeu en atteignant la fin aussi rapidement, et cette victoire le mènerait tout droit au sommet des scores de Razam.

À l’ouest, le seigneur liche avait rassemblé ses troupes de morts-vivants. Au sud, les lances des clans orques se hérissaient à perte de vue. En dessous d’Erel, trop peu de soldats occupaient les remparts. Les guerres contre les morts-vivants avaient réduit leur nombre, comme on pouvait s’y attendre lors de la dernière bataille de Razam. Erel avait fait de son mieux pour rassembler tous ceux qui étaient assez forts pour se battre, et il s’était assuré que ses troupes portaient de bonnes armures. Mais le seigneur avait utilisé des sorts et des potions des ténèbres pour transformer ses guerriers en bêtes sauvages. Ses efforts suffiraient-ils face à de telles forces ?

Erel cherchait dans les forêts des indices confirmant la présence de ses alliés. Tous ses plans nécessitaient le soutien des elfes et des nains, et ils ne s’étaient pas encore manifestés. Mais dans les buissons épais, ils pouvaient avoir atteint leur position et rester invisibles pour frapper au mouvement convenu. Il devait leur faire confiance.

Vous avez un nouveau message – priorité orange.

Il secoua la tête de surprise. Ce n’était pas le moment de lire ses messages. Et oui, il avait réactivé ses alertes pour suivre le tableau des scores, mais il devait d’abord gagner avant de fêter la victoire.

Lorsqu’ils s’étaient échappés des geôles du maître des gobelins, Genaric, le chef de l’Alliance Naine, lui avait promis qu’il le rejoindrait à temps… Où était-il maintenant ? Il était, avait toujours été son meilleur ami dans tous les jeux auxquels il avait participé même s’ils s’étaient battus entre eux aussi souvent qu’avec leurs ennemis. Il était têtu et n’écoutait pas toujours son entourage, mais vous pouviez compter sur lui pour une chose. Genaric voulait gagner plus que tout. Il était leur fer de lance, le plus fort de leurs combattants, et il rêvait de vaincre le seigneur liche au corps à corps.

Et où était Zounia, la reine elfe qui rassemblait leurs alliés du nord ? Si Erel gérait les tactiques du clan, elle était leur stratège, digérant des conflits entiers pour trouver les meilleures options possibles. Mais avec la mort de son amour Garen, qui l’a banni du dernier niveau du jeu, elle était moins concentrée et préoccupée par leur victoire. Garen lui manquait, mais il était sûr qu’il les regardait grâce aux images de la RV.

Les tambours de guerre résonnèrent dans la vallée, et le seigneur liche lança la première vague de guerriers squelettes. Elle s’étendait d’un côté à l’autre de la vallée et représentait pourtant moins d’un dixième de sa force. Erel leva son drapeau en direction de son adjointe Dinam. Elle, la maîtresse des armées des Iles du Sud, avait fait tout le voyage avec lui, et il ne pouvait imaginer un combat sans elle. Dinam, Genaric, Zounia et Erel avaient bâti le clan de joueurs le plus puissant depuis des années, et Dinam était leur cœur.

A son signal, les catapultes tirèrent toutes en même temps, et la pluie de rochers brisa les squelettes en mille morceaux. C’étaient des guerriers puissants, mais fragiles. Tout se déroulait comme prévu. Dinam avait eu raison de proposer les catapultes. Elle voyait toujours ce qu’ils ne voyaient pas, Zounia ou lui, et elle le faisait rire quand il ne le pouvait pas. Il sourit. Leur plan allait fonctionner.

Brusquement, les clans orques lancèrent leurs attaques en même temps. Erel avait espéré qu’ils attaqueraient un à un, comme c’était souvent le cas entre les clans. Au lieu de cela, les hordes s’élancèrent toutes ensemble vers ses flancs en sous-effectif. Zounia avait écarté ce scénario comme étant la moins probable.

Il poussa un juron lorsqu’un autre message clignota derrière ses yeux.

Vous avez un nouveau message – priorité rouge

Ce n’était pas le moment de quitter le jeu. Erel jura à nouveau. Les messages de priorité rouge étaient rares, à peine utilisés, et celui-ci arrivait à un mauvais moment, alors que la partie était encore incertaine. Il vérifia le champ de bataille et découvrit un nouveau drapeau au sud. Le Maître maléfique de Zao avait rejoint la bataille. Quel nom ridicule, pensa Erel pour la millième fois. C’était le pouvoir caché derrière l’attaque des orques, et il était arrivé plus tôt que prévu. Cela n’était jamais arrivé auparavant à Razam. L’IA s’adaptaient-elles ?

Erel chercha les yeux de Dinam. Le mouvement du maître signifiait qu’il allait perdre plus de soldats qu’il ne l’avait prévu. Dinam acquiesça. Elle ne pouvait pas arrêter le maître, mais si elle menait les amazones dans une charge finale contre lui, elles piégeraient le maître du mal là où elles l’avaient prévu initialement, et leur plan le mènerait au succès.

Vous avez un nouveau message – priorité flash

Flash ? Erel avait entendu parler des messages flash, la plus haute priorité, mais ils étaient proches de la légende. Aucun de ses amis n’avait jamais reçu de message flash. S’agissait-il d’une farce ? D’autres joueurs avaient-ils trouvé un moyen de le distraire ? Ce serait de la triche, mais à moins que l’équipage ne le découvre, personne ne s’en soucierait. S’il quittait le jeu maintenant, qui savait ce qui se passerait ? Il était si proche de la victoire…. Le message clignota à nouveau. Priorité flash ? Il hésita encore une minute et activa la commande mentale pour retourner à l’interface système. Il ne s’absenterait que quelques secondes, le temps de comprendre ce qui se passait, puis il serait de retour pour le combat final. Le temps du vaisseau et le temps du jeu n’étaient pas les mêmes de toute façon.